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L'illettrisme à la fac !
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 00:00) Écrit par Le Challenger Vendredi, 16 Janvier 2009 11:14
Une autre " exception malienne" ? Le bourreau est-il un assassin? Oui ! Me répond avec une belle assurance, ce terminaliste en Droit. " Le cour de rattrape de….est prévus pour le…au sale de...".
Ne riez pas surtout, car l'auteur de cette phrase n'émarge pas dans un lycée quelconque de la capitale, mais il est bien inscrit dans une des écoles supérieures de notre pays. Renseignement pris auprès de certains étudiants, la ou le signataire du fameux communiqué serait même un terminaliste, c'est-à-dire qu'il pourrait bien finir ses études et soutenir son mémoire cette année, avant d'intégrer ensuite la haute administration malienne (sur concours, s'il vous plaît !).e ne sais pas si le système de concours est une formule plus juste et équitable, mais il va sans dire qu'un ''cancre'' chanceux et bien inspiré, le jour de l'examen, pourrait vite damer le pion aux étudiants sérieux, disciplinés et ayant fait preuve tout au long de leur cursus d'un exceptionnel sens du devoir bien accompli et des études bien accomplies. Mais, comme vous le savez, de telles espèces sont vraiment en voie d'extinction ou de disparition. Devant cette "berezina orthographique ", le cri de cœur est partout unanime. Maîtres-assistants ou profs, jeunes ou proches de la retraite affectés dans nos facs, les adeptes des méthodes anciennes ou nostalgiques du passé (cette sacrée reforme de 1962) ainsi que les modernes, tous font aujourd'hui le même constat. Après douze douze ans de primaire et de secondaire, pour de milliers d'étudiants, de graves lacunes subsistent toujours. Mais si le constat est sans appel, les voix sont cependant discordantes sur les raisons du scandale. Les professeurs, impuissants devant la permanence d'un tel désastre, restent tout simplement effarés par les copies de leurs étudiants, même si beaucoup se gardent cependant de dresser un réquisitoire cinglant contre ceux-ci. Ne sont-ils pas en vérité des victimes innocentes d'errements et autres dérèglements d'un système qui, tel " un bateau ivre ", fonctionne depuis des années à reculons et, qui, selon certains pessimistes invétérés, serait même condamné à l'échec ? Du coup, ce serait trop facile de s'en prendre aux instituteurs qui officient en toute dignité dans nos écoles de base. Eux aussi sont victimes d'un système qui piétine, titube, chancèle… Alors, à qui la faute? Au nouveau ministre des Enseignements supérieurs ? Sûrement pas, car même ses adversaires les plus redoutables n'arrêtent pas de marteler que le professeur Touré est une des sommités littéraires de notre pays. Croit-il, comme Céline ou le président Sarkozy, que La Fontaine était le plus grand, parce qu'il était " un modèle de style " ? Mais ce ministre, président de l'UMP- une nébuleuse de plus dans ce paysage déjà constellé de spectres ?- sait également que la politique est aussi une affaire de style, qui n'est le plus souvent que l'affichage d'une stratégie longuement et mûrement réfléchie.Les municipales, qui pointent à l'horizon et qui soulèvent déjà quelques murmures au sein de certaines chapelles, seront-elles un test grandeur nature pour cette formation si jalouse de son identité ? Le ministre sait, en outre, que pour pérenniser une telle formation (dont le sigle donnerait cependant froid dans le dos d'un ….,) donner du sens à sa vision, il n'aura pas que des amis sur son chemin et, comme nous ne cesserons pas de le répéter, la politique reste néanmoins encore - et c'est cela le pire--- cette guerre civilisée, où il faut éliminer ou être éliminé.Ceux qui savent et croient aussi fermement que ce monde n'est pas celui des anges y trouveront toujours une grande sagesse, nous dit le philosophe. Devant cette errance grammaticale, qui est devenue partout la règle, que peut bien proposer le ministre Touré ? Organiser des ateliers d'écriture sur toute l'étendue du territoire ? Ou devra-t-on alors se contenter des seules résolutions du récent forum consacrées justement aux multiples dysfonctionnements du système ?De nombreuses personnes sont persuadées que ces résolutions ne seront pas celles d'un forum de plus, pour la bonne raison que ce premier ministre atypique et père de la prodigieuse " initiative riz " rêve lui aussi de devenir notre président en 2012.Mais diable, pourquoi, ces étudiants-là éprouvent-ils autant de mal à lire et à écrire correctement ? La faute à la civilisation de l'image? C'est bien évidemment l'écran contre le livre. Pas le temps de lire. C'est même à se demander si les enfants ont encore le temps de manger, quand on voit le temps qu'ils passent à la télé, répète inlassablement ce vieil instituteur des années 60. En effet, bien malin qui peut vraiment dire avec exactitude le nombre d'heures que chaque garçon ou fille consacre par week-end à " sa " télévision. Les parents, qui ont fait interdire depuis fort longtemps la chicote à l'école, ne cherchent même plus à contrôler cette surconsommation télévisuelle. Or, selon des spécialistes, " l'absorption immodérée d'images ne s'accompagne pas d'une restitution par le langage. L'écran tue le dialogue, le désir de communiquer, il rend passif . Il nuit à l'acquisition du langage ". Aux lacunes orthographiques s'ajoutent naturellement des difficultés de vocabulaire et, lorsqu'une amie Anthropologue, professeur à la flash, a demandé à un de ses étudiants de lui définir ce mot, voici sa réponse quelque peu étrange : " Autochtone : qui aime vivre la nuit ". Si je vous disais que, pour cet autre étudiant en droit, homicide veut tout simplement dire meurtre à domicile. Et lorsqu'un étudiant en médecine confond en "deçà et au-delà " par exemple pour le seuil de "toxicité " de tel ou tel médicament, l'on imagine aussi facilement les conséquences d'une telle méprise, d'un tel contresens dans la vraie vie.Bacary Camara, Journaliste !


